Les journalistes agricoles du Congo interpellent

L’avenir, propos receuillis par Lepetit Baende, mercredi 8 juin 2011

La Rd Congo dispose d’environ 80 millions d’hectares de terres agricoles dont seulement 10 % sont mises en valeur. C’est le deuxième pays à travers la planète après le Brésil (actuellement premier pays agricole du monde) possédant le plus d’espace agricole non encore utilisé. Cependant, le pays connaît une dépendance alimentaire excessive. On estime à plus de 2 millions de tonnes de vivres que la Rdc importe chaque année via ses ports (Matadi, Boma, Kasumbalesa et autres). Et cela coûte annuellement à l’Etat congolais plus de 1 milliard de dollars américains. Pourtant, malgré toutes ces importations massives, les spécialistes indiquent que plus de 70 % de la population congolaise vit dans l’insécurité alimentaire. Au mieux dire, actuellement la Rdc est le pays ayant la sécurité alimentaire la moins assurée du monde. Aussi, elle présente à ce jour le taux de malnutrition le plus élevé au monde. Mais, il faut décidément remédier à cette situation ! Les journalistes agricoles du Congo (AJAC) ont réagi à cette situation. Les réactions ci-dessous ont été récoltées lors d’une matinée de presse qui avait pour sujet : « La sécurité alimentaire, est-ce une nécessité en Rdc ? », organisée en prélude à un grand événement agricole qui aura lieu du 28 au 29 juin 2011 à Kinshasa avec l’appui du projet CATALIST, autour du thème : « La sécurité alimentaire congolaise, est-ce possible, est-ce nécessaire ?».

Réactions des journalistes agricoles du Congo:

« Quel genre de société voulons-nous bâtir ? Il nous faut une société qui privilégie le travail et non la jouissance des fruits des autres. Par conséquent, le changement des mentalités s’impose. (Par Alain Huart, expert agricole).

Rombaut Kamuanga de l’agence catholique DIA : « L’Afrique sera une grande victime du changement climatique mondial ; mais La Rdc peut sauver le continent si la forêt du bassin du fleuve Congo est préservée. En interne, la mauvaise exploitation de la forêt influe sur l’insécurité alimentaire dans les zones enclavées. La solution reviendra à l’intensification de l’agriculture et l’évacuation des produits agricoles pour leur commercialisation ».

Mme Gérardine Makila de la radio rurale RTNC1 : « Il faudrait associer les acteurs des secteurs agricoles, des ministères de Transport, de l’Economie, de la Recherche scientifique, à ce genre de rencontre pour trouver des issues favorables. Aux Congolais de choisir les hommes et les femmes qu’il faut à la place qu’il faut au regard des accords ratifiés comme celui de Maputo qui prévoit au minimum 10% du budget de l’Etat consacré à l’agriculture ».

Hygin Mandiangu de DigitalCongo.net : « La Rdc enrichit d’autres pays en important leurs produits alimentaires. La facture de cette importation s’élève à un milliard de dollars, alors que la Rdc, elle-même est en mesure de produire tout ce qu’elle importe. Pourtant, la Rdc est le deuxième pays du monde à disposer de grands espaces cultivables, après le Brésil. Les paysans produisent sérieusement, mais leur production pourrit dans les entrepôts par manque d’infrastructures viables. L’aide des bailleurs de fonds doit être orientée dans les opérations de réhabilitation durable des infrastructures ».

Jean René Bompolonga du quotidien Le Phare : « Les problèmes de transport ont un impact sérieux sur le coût des produits agricoles. C’est le cas des cossettes de manioc dont le sac revient à 51.000 FC sur le marché de Kinshasa alors qu’on peut l’acheter cinq fois moins cher dans les sites de production ».

Mme Dina Buhake du quotidien Forum des As : « La RDC ne met pas en valeur sa position stratégique et de ses 80 millions d’hectares de terres arables. La dépendance de la RDC concerne les importations des produits alimentaires. Malgré la remise de la dette, cet argent sert à l’importation des produits plutôt que de l’affecter à certains besoins. S’il y a restructuration du Ministère de l’Agriculture, les producteurs congolais n’en profitent pas».

Lepetit Baende du groupe de presse L’Avenir : « La RDC est très loin d’atteindre les OMD d’ici 2015. Protéger la forêt du bassin du Congo et développer une agriculture intensive serait œuvre utile pour le développement de la RDC. A la place d’accepter de l’aide structurelle, il faudrait plutôt exiger de l’investissement dans le secteur agricole. Le gouvernement congolais devrait réellement faire de l’agriculture sa priorité ».

Martin Kankonde de l’Agence presse associée (APA) : « La restructuration du ministère de l’agriculture avec celui du développement rural et de la recherche scientifique pour définir de bonnes stratégies avec l’intensification et la mécanisation, est une nécessité. Le manque d’initiatives de la part des autorités congolaises qui ferment les yeux sur l’augmentation des importations alimentaires et de la facture. Il est très difficile d’évacuer les produits de champ vers les centres de consommation faute de voies de communication. La presse doit s’impliquer dans cette lutte au moment où les dirigeants ne font rien pour redresser la situation ».

Fabrice Luzingu/Stagiaire APA.net : « Les dirigeants congolais devront avoir une politique de sensibilisation de la population afin de garantir la sécurité alimentaire en favorisant la production intérieure, améliorer les revenus des petits producteurs paysans. Le RDC devra ainsi profiter de sa position (grands espaces terres disponibles, climats favorables) afin d’améliorer les conditions de vie de ses habitants ».

Mme Sergine Pehema de la radio Top Congo FM : « Il y a un déséquilibre entre importations et exportations en RDC. Cette situation enrichit les autres pays par les factures qu’elle paie en important ces différents produits. On peut remédier à cela en amenant la population à se prendre en charge pour son développement cela ne peut être possible que par une volonté que doit manifester le gouvernement ».

Peter Lufila de Congoweb TV : « Jusqu’au jour d’aujourd’hui la sécurité alimentaire fait toujours défaut en RDC dont les causes sont connues. Mais, les aides des organismes internationaux nous arrivent. La grande question demeure : par où passent les aides alors que l’impact ne se fait pas voir sur terrain notamment dans le domaine agricole ».

Samy Kitabungi de l’Agence congolaise de presse (ACP) : « La question de la sécurité qui relève l’abandon de l’agriculture, alors l’agriculture doit devenir une priorité pour les décideurs afin de s’attaquer aux questions liées à la sécurité alimentaire. Il faudrait relancer la recherche agricole en lui accordant un budget conséquent ».

Didier Kebongo de l’Agence Syfia/Grands-Lacs : « Si nous Congolais changeons radicalement nos comportements, l’impact du changement climatique sera faible pour notre pays. Le paradoxe de la RDC, c’est de présenter le taux de malnutrition le plus élevé du monde alors que le pays est l’un de plus grands en termes de terres agricoles disponibles. Il faut chercher comment faire passer le message auprès de gens qui vivent essentiellement de la forêt pour la préserver tout en l’exploitant et éviter les effets négatifs du changement climatique ».

Abdoul Soko de la Radio télévision du groupe L’Avenir (RTGA/TV) : « Le système de production actuelle ne parvient pas à assurer la sécurité alimentaire en RDC. Face à cette situation, le gouvernement congolais doit augmenter le budget alloué à l’agriculture. Les questions s’adressent aux partenaires : quel rôle joue par exemple, la FAO et la coopération belge en RDC ? Pour faire face à ce « tsunami » qui pointe à l’horizon afin de permettre la RDC de sortir de ce cercle vicieux d’importations sans fin qui l’appauvrissent».

Raymonde Senga du groupe de presse Le Potentiel : « La sécurité alimentaire pose problème en RDC. Mais le problème peut facilement être résolu au regard du grand potentiel agricole dont dispose le pays. Il faut, pour y arriver, revoir la politique agricole de la RDC, redynamiser le système et améliorer les infrastructures, notamment les routes pour aboutir à des solutions durables. Le gouvernement doit également s’investir dans l’intensification de l’agriculture afin d’éviter de débourser des milliers de dollars pour les importations ».

Théo Tshabela/UPEC : « Pauvreté accrue dans les milieux urbano-ruraux par manque de production suffisante des denrées alimentaires, Non encadrement des paysans par les structures gouvernementales dont le ministère de l’Agriculture et de l’Environnement, Manque d’informations nécessaire au niveau des milieux ruraux.

Question : Que faire pour que l’information sur l’anticipation des événements, des prix et marchés parvienne aux paysans ? Que faire pour évacuer les produits cultivés localement».

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Un commentaire pour Les journalistes agricoles du Congo interpellent

  1. andochanga dit :

    « La sécurité alimentaire, est-ce possible en RDC ? »

    La table ronde de 2004, les résolutions de la commission agriculture de la CNS et le plan directeur de 1991 pour ne citer que ces quelques repères historiques !
    Il me semble que l’on se réunit beaucoup, souvent, un peu trop à mon avis mais avec peu de résultats car d’une part le budget destiné à l’agriculture reste très marginal. Mais d’autre part, les infrastructures (voies de desserte, ponts, routes et voies navigables) sont pour la plus part dans un état lamentable. Que dire de la sous mécanisation de l’agriculture congolaise ainsi que des problématiques concernant la transformation et conservation / stockage des productions.
    Sans tomber dans un quelconque sectarisme, je crains que l’envolée de l’agriculture congolaise ne soit pas nécessairement à lier au fait d’un emploi massif des engrais minéraux. Autant il faut encourager des pratiques agroécologiques comme l’agroforesterie autant il faut avoir quelques réticences à encourager un usage important des engrais minéraux. En effet, la RD Congo est un pays qui est parcouru par un réseau hydrique important et qui constitue une richesse inimaginable. Il faut préserver cette richesse en ayant une démarche volontariste d’une agriculture « Propre ». Des pratiques et techniques diverses agroécologiques existent et d’autres doivent être expérimentées. Des expériences à travers le monde tendent à prouver que l’on peut, sans tomber dans une démarche productiviste, arriver à améliorer le rendement et la rentabilité des productions sans Engrais chimiques. La RD Congo , par ailleurs, ne produit pas d’ engrais ( les basiques azote/ Phosphate /Potasium – simples ou complexes) et souvent doit se contenter de recevoir des engrais de qualité douteuse pour ne pas dire plus. Une politique tendant à encourager l’usage des engrais chimiques nous conduit à une dépendance certaine et constitue un mode idéologique qui permet de ne rien faire en prenant comme prétexte le manque d’approvisionnement en engrais. Je terminerais en indiquant que la confusion (volontaire ou inconsciente) entre Fertilité du Sol (qui dépend principalement et prioritairement de la stabilité et de la qualité du complexe Argilo-Humique ) et Fertilisation des plantes ( qui est principalement l’alimentation des éléments minéraux par des plantes ). Nourrir la plante ne fait pas nécessaire la richesse du sol. Mais une plante trouvera ce qu’il faut dans un sol riche (Amendements, apports des matières organiques et de bien entendu des engrais organiques ou chimiques en plus mais de manière très parcimonieuse et bien pensé).

    Meilleures pensées !

    Changa

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