Interview – Au Bas-Congo Raymond Nsumbu Badika est prêt à se mouiller pour les paysans

La Voix du Paysan Congolais a rencontré le nouveau Ministre provincial de l’Agriculture, pêche et élevage de la province du Bas Congo – Raymond Badika Nsumbu, le « Ministre paysan. » Il a une vision claire pour le secteur agricole dont il a la charge : «  Consommons ce que nous produisons, produisons ce que nous consommons ». Pour concrétiser sa vision, il a besoin de tout le monde : les partenaires techniques et financiers et surtout les organisations paysannes qui  sont des partenaires privilégiés porteurs de son plan d’action. En effet, Badika Nsumbu a longtemps travaillé avec et à côté des paysans qu’il appelle affectueusement «  les miens ».  Depuis plus de vingt ans dans le mouvement associatif, il a à son actif beaucoup d’actions dans la promotion du secteur agricole dont les coopératives d’épargne CAMEC disséminées entre Kasangulu et Matadi dont il parle avec beaucoup de fierté.  Le Ministre provincial de l’agriculture est facilement joignable et respect ses rendez-vous ce qui est rare dans le monde de la politique congolaise. Après l’interview, il nous accompagne sous une forte pluie qui s’abat sur la ville de Matadi. Mouillé comme nous, nous l’interpellons pour qu’il s’abrite. Il sourit et nous lance : «   Je n’ai pas peur de me mouiller… »

La Voix pu paysan Congolais (LVPC) : Excellence Monsieur le Ministre provincial de l’agriculture, pêche et élevage, vous venez de prendre vos fonctions, quel est l’état des lieux du secteur agricole dans la province du Bas Congo ?

D’abord, je constate que notre pays n’a pas une politique agricole. Il existe actuellement qu’une simple note de politique agricole. Néanmoins, le pays vient de finaliser son plan national d’investissement agricole. Donc, bien que partant de l’absence de politique, nous trouvons quand même qu’il y a des outils de planification qui vont nous permettre d’avancer. Il y a, par exemple, le document stratégique de réduction de la pauvreté (DSRP) ou encore le Programme d’Actions Prioritaires (PAP).

Au niveau du Bas-Congo, je suis en train de terminer cet état des lieux au niveau de ces quatre secteurs : l’agriculture, le développement rural, les unités agri alimentaires et l’enseignement technique (vétérinaire et chimie alimentaire).  C’est sur ces éléments et des outils déjà disponibles que nous allons mettre en place une première planification au niveau de la province du Bas-Congo.  Il sera très important dans une deuxième étape d’harmoniser les différents volets et services pour qu’ils soient en interaction. Par exemple, au niveau des écoles, nous n’avons pas à nous occuper des  programmes.  En matière d’unités agro-alimentaires, il faut faire un travail par filière qui commence par la production des semences jusqu’au niveau de la transformation. On s’est donc posé la question de savoir : quelles sont les filières porteuses ?

Un autre exemple est la culture de la pomme de terre. Celle-ci prend de plus en plus d’ampleur dans la province du Bas Congo. Il y a une forte augmentation de la demande à Kinshasa qui importe 600 tonnes par semaine d’Afrique du Sud et donc concurrence notre agriculture. Donc, il y a là pour moi un énorme marché potentiel qui est à la portée des producteurs du Bas Congo. Pour ce faire, nous avons besoin de semences de qualité. Depuis des années nous sommes contraint d’importer la semence à partir de la Belgique. Mais pourquoi ne pas valoriser les études qui ont été menées pour la production de la semence sur place. L’INERA à un centre de recherche qui produit de bons résultats. On vient de dégager 50.000 Usd pour acheter un laboratoire de production de mini tubercules de pomme de terre qui sera mis à la disposition de l’INERA.  En fait, le Ministère a un rôle normatif. Il fait l’accompagnement des autres acteurs qui doivent agir sur le terrain.

Les agro multiplicateurs qui sont au niveau des organisations paysannes (OP) ont la fonction de récupérer l’après base fournie par l’INERA et produire la semence, soit du manioc, soit d’autre chose. A ce niveau, l’OP est déjà impliquée dans notre méthode de travail et la SENASEM fait le suivi, le contrôle pour certifier les produits à la base. Cela veut dire qu’on arrive vers la professionnalisation des filières par les OP. En gros, ce sont ces éléments que nous avons faits pour les états des lieux et on essaye de chiffrer les contributions qu’on a de part et d’autre. On n’a pas encore terminé. Là où on trouvera un déficit financier, nous pensons en ce moment solliciter la FAO ou les autres partenaires pour intervenir.

Quelle la vision de votre Ministère pour relancer l’agriculture dans la province ?

Ma vision, c’est celle que j’ai toujours partagé dans le monde des ONG. «  Consommons ce que nous produisons, produisons ce que nous consommons ». La priorité est à ce niveau là. Nous devons nous battre d’abord pour remettre en route les filières de production des aliments que nous consommons. Car, c’est scandaleux de voir qu’un pays comme le notre dépendre encore des importations des produits agricoles dans plusieurs domaines. Si je prends seulement la production halieutique, nous importons de tonnes et de tonnes des poissons alors que dans nos fleuves et rivières, les poissons meurent de vieillesse. Donc, c’est ça notre vision des choses et tout le reste est accroché à cette vision.

Quels sont 2 ou 3 projets prioritaires ?

Il y a pour moi deux priorités. Une priorité que nous avons pour le moment, c’est la promotion de la culture de la pomme de terre parce que la province est assez autosuffisante en ce qui concerne le manioc.  Quand on compare les féculents qui marchent, qui apportent des moyens aux paysans, c’est la filière pomme de terre. Nous avons encore un grand travail à faire. Une deuxième priorité, c’est valoriser les produits locaux. Mettre en place des unités de transformation des produits agro alimentaires. Quand on parle de la filière de l’huile de palme, les gens ont toujours accusé la production paysanne d’être nocive pour la santé. Mais, nous sommes au 21 ème siècle, il y a des technique élémentaires qui sont là qui feront que la qualité de l’huile de palme devienne appréciable.  Je suis lié au Cameroun où j’ai étudié et j’ai travaillé pendant longtemps. Je vois comment cette filière est maitrisée au Cameroun et nous devons arriver aux mêmes résultats.

Quelle est votre politique par rapport aux OP ? Quels types de collaborations ?

Plus de 80 % de la population de la province est rurale, est paysanne. Le Ministère a un rôle d’accompagnement de cette population dans la production. Il est difficile de faire du porte à porte comme on fait la vaccination, mais il est possible et plus facile d’accompagner les producteurs à travers les OP. Ce qui fait que notre partenaire immédiat sur le terrain ce sont ces OP qui ont une grande expérience. Elles sont en mesure de faire beaucoup de choses. Les OP sont pour nous des partenaires privilégiés porteurs de notre plan d’action. La conséquence est qu’automatiquement, il y a collaboration assidue avec tous les accompagnateurs des OP. On veut et on va travailler en synergie.

Est ce que vous allez appuyer les OP et comment de manière concrète ?

On n’a malheureusement pas assez de moyens. Le plan d’action est appuyé par les fonds de la province et les fonds du gouvernement central. Je voudrais prendre en compte les fonds des ONG et voir où sont les goulots d’étranglement. Là, on va commencer à chercher des fonds à gauche, à droite, soit à l’intérieur ou à l’extérieur pour débloquer ces goulots d’étranglement. Comme aujourd’hui le pont est établi parce que nous sommes venus des ONG nous qui sommes à la tête de ce ministère. Il faudrait qu’on mette carte sur table pour voir quels sont les moyens que nous avons pour tous. A quel niveau ça bloque et puis on avance. Je vois le cas de la pomme de terre, on savait le blocage, c’est la production de mini tubercules. Les ONG et les OP sont dans l’accompagnement de la filière. Au niveau de la production, on a des difficultés. Là on peut mettre le paquet et puis le reste va suivre.

Quelle est votre politique d’évacuation des produits agricoles vers les centres de consommation ? Les routes de desserte rurale sont importantes, mais détruites.

Ce que vous dites c’est qu’encourager la production, c’est bien mais il faut des routes pour la commercialiser. Je suis d’accord et j’ajoute : «  pour mieux produire, il faut s’assurer que les routes existent ». C’est ça ce qui encourage les paysans. Nous sommes assez regardant de ce côté-là et nous avons trouvé par exemple qu’il existe des fonds qui proviennent d’un pourcentage prélevé sur les frais de prix de carburant, le péage et les fonds destinés aux routes de desserte agricole. Nous allons évaluer comment se fait la planification de ces travaux.  De toute façon à  l’atelier que vous organisez dans le cadre d’AgriCongo, j’ai demandé à mes collaborateurs d’être avec vous. A la fin, on fera la planification par rapport à tout ce qu’on va entendre.

Quel est le budget alloué au secteur agricole dans la province du Bas congo ?

Je n’ai pas des chiffres en tête, mais ça voisine 13 % du budget provincial. Là, tirez les conclusions, on a même dépassé ce que prévoit les accords de Maputo. On peut se féliciter. Nous avons un gouverneur  de la province clairvoyant qui nous met à l’aise dans le travail parce qu’il connaît ce qu’on va faire et à partager les points de vue, les expériences.

Quelles sont vos attentes par rapport à l’atelier d’AgriCongo sur le Financement agricole et les infrastructures rurales?

Je sui très heureux que cet atelier se tient ici au moment où je prends mes fonctions. On va démontrer qu’il n’y a pas de hiatus, de différence de visions entre la fonction que nous occupons maintenant et toute la vie que nous avons passé ensemble dans le monde de la société civile. Quand les OP  m’ont indiqué qu’elles veulent réaliser un plaidoyer sur les infrastructures auprès du mon ministère, j’ai dit qu’il allait enfoncer une porte ouverte.  Discutons, faisons la planification, cherchons des moyens et commençons.

En matière de financement rural, c’est un gros problème. Je ne pense pas qu’il y des solutions  toutes faites. Mais, nous devons construire des solutions. Pendant les 20 ans que j’ai passé dans le monde associatif, j’ai des grands souvenirs heureux c’est d’avoir monté les coopératives d’épargne et de crédit qu’on appelle la CAMEC. Elles sont de Kasangulu à Matadi et ça fonctionne. Je suis content quand je les vois. Les gens ne me connaissent pas toujours physiquement, mais l’œuvre est là. Il ya beaucoup d’expériences comme le fonds de garantie, les Muso qu’on peut échanger avec les agriculteurs. Ces expériences peuvent aider à faire le montage financier permettant aux agriculteurs  d’avoir des crédits. C’est un travail de tout le monde qui doit réfléchir pour mettre en place ces genres des produits.

En conclusion ?

Je suis heureux de voir qu’au moment où je prends la direction de ce ministère, les miens viennent à la rescousse immédiatement en tenant cet atelier sur place. Je suis le plus heureux. Nous allons demander lors des ateliers que nous soyons branchés pour échanger sur ce que nous avons pour avoir l’expérience.  Je suis heureux que les collègues du Nord comme François Cajot de SOS Faim Belgique et compagnie soient attentifs à ce qui se passe dans le secteur en RDC.   Je lance l’invitation à tout le monde, c’est maintenant ou jamais que nous devons nous serrer la main, construire et avoir des résultats visibles.

Interview réalisée le 24 avril 2013.

LVPC

A propos La voix du Paysan Congolais

Bimestriel d'informations du monde rural et de l'environnement en République Démocratique du Congo Visitez notre revue de presse agricole en RDC et notre page Facebook.
Cet article, publié dans 2013, est tagué , , , , . Ajoutez ce permalien à vos favoris.

4 commentaires pour Interview – Au Bas-Congo Raymond Nsumbu Badika est prêt à se mouiller pour les paysans

  1. Alexis MIFUNU KINGUETE dit :

    Nous, agents de Prefed Njamba Njale/WWF à Inongo, après être saisie de la nomination de Son excelence Mr NSUMBU BADIKA, lui adressons nos sincères félicitations et prions le Bon Dieu de lui accorder ses bénédictions pour tout le temps qu’il va passer dans ses lourdes têches pour l’avancement des activités des paysans sur cette terre des hommes
    Alexis MIFUNU KINGUETE,
    Superviseur

  2. Badia dit :

    Pourriez vous me préciser sur l’agriculture et le séchage de manioc au Kasaï Oriental ? Merci

  3. Ping : Un programme agricole pour le Bas congo – avec quelle volonté politique? | La voix du paysan congolais

  4. Tamio badika dit :

    bon pour mieux dire Raymond Nsumbu est accusée pour détournement de fond. mais pensée vous qu’un homme d’une telle capacité intellectuelle peut faire ce genre d’idiotie.Non je pense pas! la vérité est têtue,mais nous la connaissons.Ils ont fait de Raymond Nsumbu un pions pour juste luis piéger,car cet eux le vrais coupable mais laissons le destin et la justice rendre justice malgré notre justice est… Dieu est le seule vrais juste

Bonjour, vous êtes invité à poster un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s