La femme au cœur de l’agriculture familiale en RDC

En république démocratique du Congo et plus précisément à l’Est, zone en proie à l’insécurité, la femme rurale occupe une place de choix dans l’agriculture familiale. Elle assure la survie de sa famille. Ces femmes nourrissent et soignent leurs enfants. Mais aussi leurs maris. Plongée dans la vie de ces femmes héroïnes de tous les jours à Kanyabayonga.

Kanyabayonga est une commune rurale située en cheval sur les territoires de Rutshuru et Lubero en province du Nord-Kivu, dans l’Est de la République Démocratique du Congo. Dans cette agglomération située au nord de Goma, on cultive patates douces, ananas,… Les produis des champs sont consommés par les familles ou bien vendus. En ce dimanche, Margueritte Kavira ne prend pas le chemin de l’église. Houe à la main et un sac sous le bras, on dirait qu’elle a perdu la foi. Elle est catholique mais elle se dirige vers son champ, situé non loin de l’agglomération. La soixantaine révolue, Margueritte a un moral de fer. Ce n’est donc pas cette rosée matinale qui l’effraie.  Sa détermination ne cache pas la frustration. A contrecœur, elle va au champ. Elle est obligée. C’est elle qui subvient aux besoins des siens. Elle a sous sa responsabilité son petit-fils. Le jeune père est mort il y a une année. « J’ai lassé quelques ananas à la surface la dernière fois que j’étais au champ. J’attendais qu’ils murissent pour les amener tout droit au marché », raconte-t-elle. Sinon, dans son ménage, c’est la faim assurée. Et son mari ? Il a presque démissionné de son devoir familial. Comme la plupart des hommes de cette contrée.

Les hommes s’occupent de politique

La femme n’a qu’un seul choix : faire le champ malgré elle. Elle est l’unique garante de sa famille pendant que son homme passe son temps à « boire et s’amuser avec les femmes libres ». Margueritte n’est pas la seule dans cette situation. Dans cette zone, on dirait que c’est une coutume, une tradition bien ancrée : la femme fait seule les champs. D’autres femmes, aussi vieilles que Margueritte, s’adonnent à l’agriculture vivrière sur des petits lopins de terre proches ou éloignés de leur village. Des champs qu’elles cultivent avec le peu de force qui leur reste encore dans ce troisième âge pénible. « Il ne fait pas bon vivre au village. La femme paysanne est en train de consentir tout ce sacrifice pour épargner sa famille de la faim qui guette. Et les hommes ne s’en émeuvent guère », déplore une autre vieille femme combattante, rencontrée quand elle cultivait des patates douces. « Beaucoup d’hommes au village abandonnent la quasi-totalité des charges familiales à la femme. Cela, pendant qu’eux passent le clair de leur temps à s’amuser aux jeux. Les hommes discutent et s’occupent de politique en groupuscules sous les arbres et échoppes bordant l’artère principale de Kanyabayonga », analyse un sociologue avant de poursuivre : « Nombre de ces hommes n’ont pas de travail. Ils ne rentrent que le soir dans leurs ménages pour manger, souvent en état d’ébriété ».

La femme au four et au moulin

Les défis auxquels sont confrontés les agriculteurs familiaux dans cette partie du pays sont énormes. Les femmes souhaitent voir les hommes les épauler afin d’accroitre la production. Si certains hommes reconnaissent le rôle prépondérant joué par les femmes dans l’agriculture familiale, d’autres par contre sont méfiants envers la femme. Au même pied que la femme, si l’homme s’engage dans le travail agricole, le monde rural ne va plus souffrir du désastre auquel il semble prédestiné. En attendant cette prise de conscience, Margueritte ne se décourage pas. Elle vend des ananas aux voyageurs faisant halte à Kanyabayonga, sur la route Goma-Butembo. « Grâce à la vente de mes récoltes de cette saison culturale, j’ai récemment payé les frais scolaires du premier trimestre pour mon petit-fils. Aussi, ai-je apuré les dettes des soins de santé. Le reste de la production est destiné à la consommation en famille», confie-t-elle, la mort dans l’âme.

Joseph TSONGO et Jean Baptiste MUSABYIMANA (AJAC Nord Kivu)

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8 commentaires pour La femme au cœur de l’agriculture familiale en RDC

  1. Firmin Mananga dit :

    Document bien reçuFirmin

  2. francktalk2 dit :

    La conclusion est vite bâclée. Dans toutes les cultures, les femmes ont toujours été les piliers des familles. On ne peut pas passer à l’ordre du jour, après les viols massifs des femmes (et des hommes), les actes d’inceste forcé, les cas extrêmes de pédophilie et les actes de violences sexuelles jamais égalées dans l’histoire de l’humanité jusqu’à l’enterrement des femmes vivantes. Ces actes de déroulaient en public, devant les membres de la famille, devant les membres de la communauté. Plus de 90% de violeurs étaient séropositifs. Les violeurs et leurs commanditaires poursuivaient deux buts à moyen et long terme: déstructurer les familles, déconstruire les familles et au-delà saborder les familles de tout un pays: la RD Congo.
    Les hommes et les garçons avaient assisté impuissants à la chosification de leurs grands-mères, mères, épouses, sœurs, filles, tantes, nièces etc., ils ont été forcés à commettre des actes incestes avec ces personnes. Combien d’hommes disparus sans que personne ne sache, où ils sont? Des actes de violences actives ou passives, l’alcoolisme, le tabagisme, l’oisiveté sont des actes d’autodestruction, des signaux à la société, mais notre société n’a pas de mécanisme d’accompagnement des familles déconstruite et déstructurée.
    Les femmes occidentales viennent apprendre aux femmes congolaises d’accepter et d’aimer « l’enfant du serpent », en faisant fi du contexte psychosocial, du contexte psychoculturel et du contexte psycho historique du Kivu. Ces femmes occidentales, qui n’ont aucune connaissance de leur propre histoire, qui ignore les viols commis par les soldats allemands au Nord de la Belgique et au Nord de la France pendant la 1e guerre mondiale et la controverse dans toutes les couches de la société sur « l’enfant de l’ennemi », viennent apprendre aux femmes congolaise comment aimer « l’enfant du serpent ». Ces femmes, qui ignorent les viols commis par les Alliés et l’Armée rouge sur le sol allemand et les « enfants de l’ennemi » issus de ces viols se donnent la licence de venir se moquer de la Congolaise est révoltant.
    Les femmes de Kanyabayonga et toutes les filles congolaises, toutes les femmes congolaises, qui ont été victimes de la barbarie venue « d’-à-côté“, tous les garçons et tous les hommes, qui étaient impuissants face aux bourreaux sont nos héroïnes et nos héros: ils sont dans notre galerie des Immortels. Ils sont notre histoire et méritent d’être traités avec respect, au lieu de les juger avec les théories des Occidentaux, qui sont incapables de faire traiter avec dignité les femmes noires.

  3. Henk Breman dit :

    Joseph TSONGO & Jean Baptiste MUSABYIMANA font une observation claire dans leur article « La femme au cœur de l’agriculture familiale en RDC » : ce sont les paysannes qui nourrissent le pays. Cependant, la question « quoi à faire ? » n’est pas traitée. Ceci est néanmoins bien utile, car la RDC se trouve parmi les pays qui connaissent l’insécurité alimentaire la plus sévère du monde. Ni les paysannes, ni les importations énormes -coutant le pays beaucoup- arrivent à nourrir la population congolaise comme il faut.

    Les causes sont connues. La plus importante est vraisemblablement la position sociale très basse des femmes et ainsi des paysannes en RDC. L’indice genre de la RDC, décrivant la différence entre la position des femmes et des hommes dans la société, se trouve parmi les 10 les mauvaises du monde. La deuxième cause est l’absence d’une politique agricole adéquate ; les conditions ne sont pas créées pour stimuler les privés d’investir dans le développement des marchés d’intrants et des produits agricoles, et pour stimuler les paysannes et les paysans d’investir dans leurs champs.

    Ainsi -comme l’indice genre- la productivité agricole du pays est parmi les 10 les plus mauvaises du monde. Les paysannes veulent bien changer cette réalité, mais elles sont seules ; leurs hommes s’occupent de politique et passent leur temps à boire et s’amuser avec les femmes libres (suivant l’article). Les paysannes veulent bien augmenter la productivité agricole, mais leur position sociale fait qu’elles ne peuvent pas prendre les décisions cruciales et qu’elles n’ont pas la formation nécessaire, sans parler du manque de temps à cause de leurs autres obligations familiales.

    Heureusement, les paysannes ont pris l’affaire en main en se réunissant dans le cadre de « La synergie nationale pour l’émergence du leadership paysan en RDC » . C’est dans ce cadre qu’elles ont décidé de créer « l’Académie Nationale des Paysannes Congolaises » (ANPC). Sortir de la réalité d’insécurité alimentaire la plus sévère du monde est bien possible, si aussi les organisations des paysans, les grands producteurs industriels, la commerce et la politique supporteront cette initiative. C’est la collaboration des hommes et des femmes, et celle des grands producteurs et l’agriculture familiale, qui peut changer la société congolaise. Il s’agit d’une approche gagnante-gagnante qui améliorera bien la vie familiale et qui fera de la RDC un pays exportateur au lieu d’être parmi les importateurs alimentaires la plus importants du monde.

    Henk Breman

    • francktalk2 dit :

      Je vous en prie ne venez pas à votre tour apprendre à la femme afro-congolaise comment planter le manioc et élever du bétail. La femme congolaise ne sera jamais une femme, qui rate sa journée, parce que son mari ou son amant lui a refusé une bise le matin.

      Aux USA, en GB, en Allemagne et les autres pays occidentaux industrialisés (Union européenne), à qualification égale et ancienneté égale les femmes touchent moins que leurs collègues mâles : quel pays africain pratique cette forme de discrimination ? La fameuse de discrimination positive, qui fait la promotion des femmes (PD, lesbiennes et Black) non pas , parce qu’elles sont les mieux qualifiées, mais parce qu’elles sont femmes : quel est ce pays africain, qui pratique cette forme de discrimination. Il ne faut pas commettre l’erreur de croire, que les Subsahariens en Occident sont tous de nettoyeurs de rue et de demandeurs d’asile. Nous affirmons, qu’il y a de Africains Black, en Occident, qui connaissent les réalités socio-familiales des Occidentaux, en Occident, mieux que 95% des Occidentaux, et, si la situation de la femme allemande est plus mauvaise que celle des femmes congolaises (africaines), qu’en est-il des femmes albanaises (L’Albanie, c’est l’Europe), des femmes corses, irlandaises, italiennes, portugaises, belges, françaises etc.).

      Inutile de démonter vos arguments un à un: ce serait gaspiller du savon, en voulant laver la tête à un singe ou apprendre à un chien à s’asseoir autrement.

      L’agriculture, peu importe le pays et le continent, est confronté à de problèmes indépendamment de la mode de production. Les subventions de l’agriculture dans l’Union européenne et l’exportation des produits agricoles de l’UE ont conduit à la paupérisation de producteurs agricoles africains: l’exportation des agrumes de l’UE en Afrique du Sud a provoqué la faillite des producteurs sud-africain (Province du Cap) et de l’industrie liée à cette branche, entraînant les pertes d’emploi avec de conséquences sociales incalculables; l’exportation de la viande bovine subventionnée de l’UE en Afrique occidentale, a conduit à la paupérisation des éleveurs de ces pays.

      Vous êtes de ceux, qui disent qu’en Europe, les campagnes se vident et en Afrique, il y a exode rurale. De ceux disent que la pomme de terre est plus nutritive, il faut l’imposer aux Africains etc.

      Keep calm. Vous ne savez même pas, que le Burkina sous Sankara avait gagné le pari de l’autosuffisance alimentaire en interdisant l’importation des aliments (riz, tomates, haricots etc.).

      En RD Congo, le principal problème est l’acheminement des produits agricoles des lieux de production vers les lieux de consommation (centres urbains). C’est une question d’infrastructures : désertes agricoles, routes secondaires et nationales, entrepôts).

      • Henk Breman dit :

        Cher Francktalk2,

        Est-ce que vous ne jugez pas un peu trop vite et trop facilement? OK, vous trouvez inutile de démonter mes arguments. Mais ne serait-il pas utile et raisonnable de présenter au moins vos arguments pour me traiter comme vous faites ? De quelle façon vous contribuez ainsi à l’amélioration de la position des paysannes congolaises et au développement agricole de votre pays ?

        D’ailleurs, pourquoi vous vous cacher derrière un nom inventé ? Demandez les éditeurs de « La voix de paysan congolais » de m’envoyer votre adresse e-mail, et je les donne la permission de vous envoyer la mienne. Une échange directe entre nous deux m’apparait plus utile que d’utiliser un journal public.

        Merci d’avance.

  4. Kisumba dit :

    Hommage à la femme rurale

  5. GBWADJOU AOUDOU Adrien Richard dit :

    Bonjour, Je suis heureux de recevoir à nouveau votre journal, après une longue période d’interruption.Que DIEU vous bénisse dans votre belle aventure. GBWADJOU AOUDOU Adrien RichardSociologue Chef Service de la Documentation et de l’Information Chambre d’Agriculture, des Pêches, de l’Elevage et Forêts du Cameroun(+ 237) 99 45 03 84

  6. dkalalu dit :

    Merci bien de m’avoir envoyé le revue La voix du paysan

    Le 05/07/2016, La voix du paysan

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