Nord-Kivu : La rareté des semences « améliorées » freine l’essor de l’agriculture

De la pomme de terre au maïs en passant par le riz, le haricot et le soja…les semences de bonne qualité sont de plus en plus inaccessibles dans la province du Nord Kivu. D’une part, ce sont les centres de recherche et de production des semences améliorées qui sont éloignés des milieux paysans et d’autre part, c’est l’absence d’infrastructures de conservation de semences et la structuration des producteurs semenciers qui fait défaut dans les sites agricoles.

Du coup, les semences dites améliorées, importées des pays voisins sont tellement onéreuses que les petits agriculteurs n’y parviennent pas en s’en procurer. C’est ainsi que les petits agriculteurs tiennent à leurs propres semences, non certifiées.

« On se contente de nos propres semences au niveau local et c’est ainsi qu’on ne produit pas assez », indique Vitaha, un paysan agriculteur de Kiseguro. Il cultive essentiellement le haricot et le maïs et il explique en même temps qu’il ne produit pas suffisamment parce qu’il n’a jamais accédé à la bonne semence « il n’y a pas des multiplicateurs semenciers dans notre village ici ».

Selon toujours Vitaha qui, dit-il, désirait devenir un agri-preneur, le manque des semences de qualité ne favorise pas du tout l’éclosion ou l’envol de l’agriculture.

La région du Nord-Kivu est pratiquement éloignée de deux principales sources de production des semences de base dans le pays. Il s’agit notamment de l’INERA (institut national d’études et de recherche agricole) et de l’UNILU (université de Lubumbashi). En effet, les pauvres paysans dans cette zone n’accèdent pas facilement à la bonne semence. Sans accompagnement technique en multiplication et conservation des semences, ces petits agriculteurs usent de leurs propres connaissances pour faire le choix des semences.

« Le tri des semences se fait à la main levée, les paysans n’ont aucun autre choix…seuls les plus nantis commandent des meilleurs semences à partir des pays voisins », s’en inquiète l’agronome Nzanzu, fustigeant également les perturbations climatiques qui, selon la LOFEPACO (ligue des organisations des femmes paysannes du Congo) empiètent sur le potentiel productif des semences pourtant de bonne qualité.

Dans sa récente note d’expérience en production de la semence de riz par exemple, la LOFEPACO évoque notamment l’inaccessibilité aux semences de qualité en termes d’absence des centres de production de semences de qualité améliorée dans sa zone d’intervention : « il faut mener des recherches pour la production des semences adaptées aux différentes zones de production, appuyer la vulgarisation des semences et transférer les acquis de la recherche à la base…» suggère cette organisation féminine paysanne.

L’accès aux semences de qualité  devient un défi majeur aussi pour les agriculteurs de la pomme de terre de Masisi :« Nous avons un sérieux problème dans ce pays,  la pomme de terre que nous cultivons  part des années 1980,  aucun programme de renouvellement de ces variétés dégénérées. Pour accéder à des semences plus ou moins bonnes, nous nous   dirigeons vers le Rwanda et l’Ouganda auprès de coopératives multiplicatrices et agriculteurs  privés. Nous subissons de tracasseries et plus de risques de la perte de nos semences  à nos  barrières avec ces pays voisins. Et pourtant la loi agricole avait déjà règlementé ce problème à travers l’arrêté inter-ministériel sur l’importation et l’exportation des intrants agricoles,  déplore  Monsieur Augustin Barasaritse de la COOPADECO».

L’INERA et les Centres d’Adaptation pour  la Production des Semences Améliorées, CAPSA, ont parmi leurs rôles de rendre disponible des semences  de qualité aux producteurs agricoles. Le   faible  appui et   accompagnement par ces institutions étatiques a  suscité  la Fédération des Organisations de Producteurs Agricoles du Nord Kivu, à travers son programme « Appui-conseil par Agriterra », d’accompagner les producteurs agricoles de Masisi dans leur structuration en  sociétés coopératives afin qu’ils  développent  personnellement le système de la valorisation de semences multipliées localement.  Cela passe alors par une série d’apprentissage, de voyages d’échanges inter OP, de l’amélioration de stockage et de conditionnement  de semences  de la pomme de terre.

Jean Baptiste MUSABYIMANA

AJAC Nord Kivu

 

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