NORD-KIVU: Lac Edouard : activisme des groupes armés, pêche illicite, rareté de poissons…la faillite pointe à l’horizon

Faisant partie intégrante du parc national des Virunga, le lac Edouard est en train de perdre petit à petit sa valeur de « mère nourricière » pour ses riverains dans la province du Nord-Kivu en RDC. Actuellement, l’insécurité entretenue par des groupes armés devient trop grandissante sur la surface des eaux du lac. Alors que les uns s’adonnent à la pêche illicite, d’autres pêcheurs sont extorqués en pleine exercice de leur métier. Ainsi, les poissons tarissent progressivement dans les enclaves de pêche, la malnutrition progresse et la vie devient de plus en plus difficile pour ceux qui tentent de survivre grâce à la pêche.

« Le groupe armé Mai-Mai occupe par exemple le Sud du lac Edouard, alors que c’est la partie qui couvre les plus importantes zones de reproduction de poissons » explique Sylvain Nganduli, administratif au sein de la fédération des comités de pêcheurs individuels du lac Edouard (FECOPEILE en sigle).

Comme pour circonscrire la problématique de la pêche autour du lac Edouard, il parle de la prise en otage des pêcheurs par des éléments armés sur le lac, de la saisie de leurs productions et intrants de pêche: « c’est du désordre, les zones interdites d’accès par la loi de pêche sont aujourd’hui accessibles sous la bénédiction des groupes armés et cela dégrade le stock halieutique » indique Sylvain Nganduli dont les propos sont d’ailleurs corroborés ici par le président de la coopérative des pêcheries des Virunga dans l’enclave de pêche de Kyavinyonge.

Ce dernier, Pascal Muko, déplore aussi la dégradation des conditions socio-économiques des populations riveraines du lac Edouard: « avec la présence des groupes armés, des pêcheurs clandestins exercent de la pêche illicite avec des filets à mailles réduites, des moustiquaires ou des paniers et du coup, on observe la surexploitation du lac Edouard » lâche le président de la coopérative des pêcheries des Virunga (COOPEVI en sigle).

Pour sa part, madame Judith Sekanabo épouse de pêcheur et membre de l’organisation à but non lucratif UFEPEDIP « Union des Femmes Epouses des Pêcheurs pour le Développement Intègre du Paysan », les infrastructures routières reliant les enclaves de pêche aux grands centres de commercialisations posent aussi problème: « à part l’insécurité permanente, les routes sont dans un état de délabrement très avancé et cela ne facilitepas l’acheminement de poissons » se désole-t-elle, affirmant ainsi les propos de Sylvain Nganduli en bref : « la chaine de valeur de la filière poisson n’est pas bien organisée dans la région » note-t-elle.

Restaurer l’autorité de l’Etat et la pêche responsable à la fois…

Pour l’analyste socio-économique Michael Batakunda, le rétablissement de l’autorité de l’Etat ne se négocie pas, la situation mérite des opérations militaires de grande envergure à l’issue desquelles les services de l’Etat seront rétablis sur le terrain notamment l’Institut Congolais de Conservation de la Nature ICCN: « la rareté des poissons est due à l’insécurité qui décourage la pêche sur le lac Edouard et toute la chaîne de distribution, la surexploitation du lac et la pêche illicite » renseigne-t-il.

Bien plus, l’administratif de la FECOPEILE exprime une autre difficulté aussi importante au niveau du lac Edouard: « il n’y a de limites sûres entre les eaux du lac Edouard partie congolaise et ougandaise » ajoute-t-il, faisant savoir qu’il y’a déjà des tractations entre les deux pays.

Il montre ainsi la nécessité d’attribuer plus de valeurs et de forces au cadre de gestion transfrontalière des ressources halieutiques du lac Edouard déjà mis en place: « nous œuvrons pour l’amélioration de la situation au lac Edouard grâce aux différents appuis techniques et financiers de nos partenaires ICCN, PNVi, IUCN-NL, IUCN-France, FGHR…» dit Sylvain Nganduli, sans fournir aucun détail sur la quantité de production mensuelle ou annuelle de poissons : « la journée nationale de la pêche est pour nous une occasion de plaidoyer pour la pêche responsable, l’accès aux intrants de pêche et la restauration du système de crédit de pêche rotatif »

Par ailleurs, prévient l’analyste Michael Batakunda, les prix concurrentiels déloyaux vont entraîner la baisse des revenus des pêcheurs locaux, les ménages vivant de l’activité économique de pêche vont passer des conditions de vie socio-économiques très difficiles, la masse des pêcheurs chômeurs va être à la merci de tous les vices dont le banditisme et le recrutement au sein des groupes armés…et pour lui donc: « pour y remédier, il faut restaurer la sécurité sur le lac Édouard en appliquant un calendrier de pêche et en diminuant les engins de pêche pour augmenter le stock halieutique. Il faudra aussi protéger la production locale en interdisant l’importation des poissons étrangers et en instaurant la chaîne de froid pour augmenter la capacité de distribution de poissons issus du lac Édouard » conclut Michael.

Jean Baptiste Musabyimana (AJAC Nord Kivu)

 

 

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