L’agriculture, le dernier des soucis des candidats ?

Un tournant, voilà ce que s’apprête à vivre la République démocratique du Congo. Les élections, elles arrivent. Avec elles, des programmes de société. Des candidats à la présidence de la république. Leurs propositions pour l’agriculture ? Elles varient d’un candidat à un autre. Parcs agro-industriels par ci, mix agro-industrie et agriculture familiale par là. Pour certains candidats, on n’a que des intentions. Pour d’autres, on a des chiffres et, fait rare, la ferme volonté de se mettre dans les starting-blocks pour rattraper le retard et dépasser les 10% à allouer à l’agriculture comme recommandé par le protocole de Maputo. Et le monde paysan dans tout ça ? Il remet sur la table ses revendications, sans s’adresser aux candidats pour leur faire signer la charte électorale paysanne. « Le plus important, c’est le contrat social avec les producteurs. Faites de l’agriculture une priorité. Surtout, tenez parole ! », disent les organisations paysannes faitières nationales.

Dossier exclusif réalisé par Merveille Kakule Saliboko pour La Voix du paysan congolais avec l’appui de SOS Faim, membre de l’Alliance AgriCongo

À lire dans ce dossier élections en RDC :

Les propositions « agricoles » des candidats à la présidence de la RDC

Les ambitions agricoles de Katumbi et Bemba pour le Congo

Election présidentielle : les revendications du monde paysan

Relance de l’agriculture : le décryptage du professeur Musongora

« Je n’ai pas trouvé de candidat convaincant pour l’agriculture », interview du président de la CONAPAC

Les propositions « agricoles » des candidats présidents

L’élection présidentielle en République démocratique du Congo est prévue le dimanche 23 décembre. Selon plusieurs sondages, le prochain président du pays sortira de l’une des trois coalitions suivantes : le front commun pour le Congo, FCC, le camp pour le changement, CACH et Lamuka. Que proposent les candidats de ces coalitions en matière d’agriculture ?

Le tableau actuel du pays est peu reluisant.  « La pauvreté gagne du terrain, à vue d’œil. Le citoyen congolais est incompris, torturé, affamé, mal soigné, mal scolarisé, chômeur ou mal payé, exilé dans sa propre patrie. Il est en quête du mieux vivre. Il sait que sa misère au quotidien n’est pas une fatalité. Des nations, aujourd’hui développées ou émergentes, ont connu cette pauvreté. Mais elles ont réussi à lui tordre le cou grâce à des choix collectifs judicieux », peint Felix Tshisekedi dans son programme, avant de lancer : « Pour la RDC, l’heure d’opérer un choix qualitatif, c’est maintenant ».

Tshisekedi et le « pacte de croissance »

C’est là que Félix Tshilombo Tshisekedi demande aux congolais de se projeter dans un monde, un Congo nouveau. « Imaginons que nos campagnes ne seront plus des brousses et des forêts sauvages, mais des prairies où l’on voit paître des vaches et des chèvres, où l’on voit également des plantations agricoles qui s’étalent à perte de vue, des rivières régulées, çà et là, par des micro-barrages pour fournir en électricité les villages avoisinants et en eau des forêts rationnellement gérées. Imaginons des campagnes reliées aux centres urbains, par des infrastructures de transport modernes et régulièrement entretenues, qui faciliteront autant la livraison des produits agricoles, que les échanges purement commerciaux », appelle de tous ses vœux le candidat de CACH.

Agriculture, fer de lance de l’autosuffisance alimentaire ou encore mettre fin à l’exode rural en promouvant le paysannat, jeter les bases de l’économie solidaire pour promouvoir des coopératives agricoles, orienter la recherche agronomique vers l’agriculture biologique, … Félix fait rêver sans donner d’indications en termes de chiffres ni de pourcentage du budget pour faire de ce rêve une réalité en… dix ans !

Kamerhe et le « contrat social »

« La mauvaise répartition des terres entre agriculteurs, éleveurs et creuseurs artisanaux occasionne des conflits meurtriers surtout dans la partie orientale du pays », lance Vital Kamerhe dans le programme élaboré par son parti politique, l’Union pour la nation congolaise (UNC) qui fustige le mode de gestion du pays de ces vingt dernières années. Avant de tancer : « La RDC s’apparente à une jungle, un pays sans loi ni justice, où les règles sont fixées par et pour les puissants ». Pourtant, rappelle Kamerhe, « la RDC, avec ses 120 millions d’hectares de terres arables, dont environ 80 millions directement accessibles et 40 millions irrigables, ce pays continent, constitue une solution contre la famine dont souffre l’humanité ».

Cartographie des terres arables et des pâturages, types de culture par terroir et par saison, mise en place d’unités de service national des semences (SENASEM) et de service national de fertilisants et intrants connexes (SENAFIC) dans chaque province, essaimer les centres de recherche de recherche comme l’INERA, bien rémunérer agronomes et vétérinaires, sans oublier la construction des routes de desserte agricole, des greniers et centres de séchage et de stockage, accompagner la remise en service des plantations et fermes viables, développer l’agro-industrie et la biotechnologie, implanter une usine de montage des tracteurs, réhabiliter la banque de crédit agricole et la financer par redevance minière, la taxe de promotion de l’industrie ainsi que des parts de l’Etat dans les entreprises et pétrolières, créer une caisse de stabilisation des exportations des produits agricoles et de financement des périodes de soudure… Vital surfe sur la promotion des petites fermes familiales pour contribuer à l’autosuffisance alimentaire et le développement de l’agriculture industrielle pour l’exportation. Kamerhe compte promouvoir les coopératives agricoles et leur faciliter l’accès aux petites unités de transformation. Cout de réalisation de ce plan d’investissement : 2,9 milliards de dollars.

CACH n’a pas de programme commun

Vital s’est désisté au profit de Felix. Interrogé par Top Congo FM (radio émettant à Kinshasa) Kin Kiey Mulumba, autre candidat président ayant sauté dans le bateau de cette coalition en cours de navigation, affirme que »les experts sont en train de faire la synthèse des programmes de Félix et Vital ». Au moment de la rédaction de cet article, ladite synthèse n’était pas encore disponible.

Shadary et le « pari de la dignité du congolais »

Emmanuel Ramazani Shadary est le dauphin du président sortant.  Il est le candidat du front commun pour le Congo, FCC, coalition formée des membres de la majorité présidentielle et d’anciens opposants passés au pouvoir. Son cheval de bataille : « gagner le pari du développent et de la dignité du congolais ». Le « continuateur » de l’œuvre de Joseph Kabila veut construire une « économie diversifiée et compétitive » et « lutter contre la pauvreté et de garantir de l’accès aux services sociaux de base ».

Dans son projet de société, Emmanuel Ramazani se limite à citer les « actions » à la fois sur « le soutien à l’agriculture et le développement de l’agro-industrie ». C’est l’un des six volets que compte l’axe de la diversification de l’économie. Cout de cette diversification : 56,74 milliards de dollars.

« Coup sur coup » a un chapelet d’intentions. C’est notamment la mise en place d’une stratégie spécifique pour accroitre le flux d’investissements publics et privés. Il compte prendre des mesures incitatives en faveur des agriculteurs locaux. Pour Shadary, il faut relancer et soutenir les filières agricoles d’exportation à travers une subvention de l’Etat. Le candidat s’engage à réhabiliter les principales routes d’évacuation et de desserte agricole, acquérir les intrants, désenclaver les bassins de production et faciliter la collecte des produits agricoles, développer les infrastructures de production, construire les marchés modernes, appuyer la diversification de la production, mettre en place les microprojets pour appui à l’agriculture familiale en relançant notamment les campagnes agricoles… En tout, 14 mesures concernent l’agriculture.

À cela, il faut ajouter 5 mesures relatives à l’agro-industrie : relance des activités des domaines agro-industriels, création des parcs industriels à travers la république, élaboration avec le secteur privé d’une stratégie d’intégration des chaines de valeur autour des unités de production, encourager les activités de recherche-développement en mettant à la disposition des organes appropriés les ressources suffisantes, insérer la stratégie de développement de l’agro-industrie dans un cadre général de politique industrielle.

Fayulu et « l’Etat d’urgence agricole »

Avant Genève, le programme de Martin Fayulu était modeste. 38 milliards de dollars en 5 ans. « Investir dans le citoyen pour développer la RDC » est son programme d’alors. Un programme pas détaillé, avec certes l’agriculture parmi les priorités. Ce pilier devrait donc bénéficier des retombées des actions des autres piliers, comme la mise en place d’un ministère de la route, du rail, des eaux et de la mobilité nationale (proposition tirée du livre bleu de Didier Mumengi). Le soldat du peuple veut fusionner les administrations fiscales dans un seul organisme afin de simplifier la procédure fiscale, il compte procéder à la suppression de plusieurs taxes dites rémunératoires et réviser le système d’imposition de celles qui seraient retenues

Après la signature de création de Lamuka, coalition dans laquelle se trouvent deux poids lourds, Moise Katumbi et Jean-Pierre Bemba, les ambitions ont été revues à la hausse. Dorénavant, le budget total de la magistrature s’élève à 126 milliards. Martin Fayulu, candidat commun de l’opposition réunie dans la coalition Lamuka, milite « pour un Congo digne et prospère ». Et son plus grand engagement, au cours des 100 premiers jours de sa magistrature : « Dès mon entrée en fonction, je décrète « l’état d’Urgence Agricole », pour que plus aucun Congolais ne meurt de faim endéans un an. Ainsi, tous les moyens de l’Etat et toutes les activités de la République seront réquisitionnés pour faire disparaître à jamais la faim et la malnutrition au Congo. »

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