Élection présidentielle : les revendications du monde paysan

La République démocratique du Congo se trouve dans la dernière ligne droite électorale. Alors que le virage est entamé, le mouvement paysan congolais remet sur la table ses revendications.

Nathanael Buka, secrétaire général de la confédération des producteurs agricoles du Congo, COPACO, annonce les couleurs. « Notre cheval de bataille en cette période électorale, c’est la promotion de l’agriculture familiale », énonce-t-il. Pour cela, il tient à ce que les acteurs politiques signent la charte électorale paysanne, élaborée par trois confédérations en mars 2016. En effet, réunis à Kinshasa à l’initiative de la confédération nationale des producteurs agricoles du Congo, CONAPAC, les délégués de la COPACO et ceux de l’union des agriculteurs du Congo, UNAGRICO, avaient levé l’option de conditionner l’appui des producteurs agricoles à tous les niveaux à la signature, par les candidats, de cette charte.

« Contrat social » 

« L’idée, c’est de signer un contrat social avec les producteurs agricoles et s’orienter vers la promotion de l’agriculture familiale », rappelle Nathanael, annonçant au passage que 2019-2028 a été décrétée décennie de l’agriculture familiale par les Nations Unies. Deux ans plus tard, et alors que la campagne électorale tend à sa fin, rien ne bouge. « Aucun candidat président de la république ne nous a approché », se désole Buka.

« Ce que nous vivons, ce n’est pas une campagne électorale. Ailleurs, en pareille période, c’est la joie. Mais ici, c’est des discours discriminatoires. Pas de projets de société dans la campagne, juste des discours », argumente le secrétaire général de COPACO, affirmant que le monde paysan a besoin de propositions concrètes en faveur de l’agriculture familiale. Toujours selon Buka, la crédibilité des élections est entamée : discours de haine, tensions, morts d’hommes, … Malgré ce contexte peu reluisant, Nathanael se projette dans l’avenir : « Nous allons continuer le plaidoyer auprès du nouveau système, les institutions qui seront mises sur pied. On est dans le flou pour l’instant. »

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La charte électorale paysanne, son objectif

Petit rappel des faits. Kinshasa, mars 2016. Les agriculteurs familiaux de la RDC s’y réunissent du 14 au 16 mars 2016. Au menu, une table ronde sur l’agriculture familiale autour du thème : « Agriculture familiale : enjeu électoral pour 2016 ».

L’objectif était de contribuer au renforcement de la prise de conscience politique des organisations paysannes et à l’engagement des futurs dirigeants du pays pour la promotion de l’agriculture familiale dans son rôle économique, social, environnemental et ses apports en matière de sécurité et de souveraineté alimentaires.

À l’issue de la table ronde, les organisations paysannes affichent clairement leurs ambitions, celles de bousculer le microcosme politique afin que l’agriculture revienne sur le devant de la scène. « Les populations paysannes doivent prendre conscience du poids électoral qu’elles représentent et du pouvoir qu’elles ont entre les mains pour ne pas céder leurs voix contre des tee-shirts, des pagnes, de la bière ou du sel comme cela s’est passé lors des élections antérieures », nous dira Achile Mbusa Lumalisa, président de la fédération des organisations des producteurs agricoles du Congo au Nord-Kivu, FOPAC NK.

La voie était donc tracée pour des lendemains meilleurs à la charte électorale paysanne. « Les organisations vont signer un acte d’engagement avec les acteurs politiques qui auront souscrit à l’avancement de l’agriculture familiale au pays. Et cela, à tous les niveaux et dans toutes les provinces du pays.  Les paysans, à travers leurs organisations, vont s’engager à soutenir ces hommes et femmes politiques lors des échéances électorales. Et le candidat qui s’engage aux côtés des paysans, quand il sera élu, devra revenir au moins deux fois par an vers cette base paysanne pour parler de l’avancement des préoccupations des producteurs », ajoutait Lumalisa.

Un si bel outil ne devait pas se limiter à un seul exercice démocratique. Alors question : la charte électorale paysanne sera-t-elle pérenne ? Réponse du président de la FOPAC NK : « Oui. À chaque élection, les acteurs politiques et les paysans seront soumis au même exercice. Si l’acteur politique ne respecte pas son engagement, on l’attend au tournant, lors de la prochaine élection pour le sanctionner. Nous voudrions susciter des leaders du monde paysan à postuler. Ils connaissent mieux les difficultés du monde rural du pays. C’est le début d’une expérience que nous souhaitons longue et fructueuse pour toutes les parties et pour le bien de l’agriculture en RDC. »

Merveille Kakule Saliboko

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