« Je n’ai pas trouvé de candidat convaincant pour l’agriculture » interview du président de la CONAPAC

Mathusalem Paluku Mivimba, président de la confédération nationale des producteurs agricoles du Congo, CONAPAC, livre sa lecture concernant les discours de campagne des candidats président de la république. Entretien.

Avez-vous eu le temps de parcourir les projets de société des candidats à la présidence ?

Je n’ai pas eu assez de temps pour décortiquer leurs programmes. Je n’ai pas encore trouvé celui qui a donné les aspects convaincants sur l’agriculture. Tous misent sur l’agro-industrie et les entreprises étrangères ainsi que la recherche des taxes. Il y a pourtant 70% des 80 millions des congolais qui vivent de l’agriculture, en milieu rural.

Quel type de programme aurait été convaincant, selon vous ?

Celui qui énonce clairement que l’on doit développer l’agriculture paysanne. Pour deux aspects importants. Primo, éradiquer la faim. Il faut lutter contre la faim et la pauvreté en milieu rural. Secundo, améliorer le milieu de vie et les revenus de la population agricole. L’agro-industrie ne peut pas induire des changements sur ces deux composantes.

Qu’est-ce que vous attendez du prochain président ?

D’abord, la considération de cette agriculture familiale car elle nourrit le Congo. Créer des emplois passe par là. Ensuite, il faut définir les politiques favorables à l’agriculture familiale. Il faut reconnaitre cela comme un secteur socio-professionnel. Et qu’il faut lui appliquer un financement adéquat. Les infrastructures sont aussi un impératif. Sans cela, les paysans ne sauront pas atteindre le marché, qui est aussi à organiser. Enfin, il faut penser à l’intégration régionale et sous-régionale notamment les accords de libre-échange. Il faut mettre en place une bonne politique pour cela. Car avec le libre-échange, on a plein d’importations à bas prix venant des pays voisins où l’agriculture est subventionnée. Ce qui nuit à notre agriculture, à l’interne.

Avez-vous fait signer la charte électorale paysanne aux candidats à la présidence ?

À propos de la charte, il y a quatre problèmes à relever. Primo, la charte électorale paysanne n’a pas été vulgarisée faute de moyens. Secundo, pas de candidats ayant signé la charte au niveau national, pour ce qui est des candidats à la présidence de la république. Tertio, c’est parce que nous n’avons pas pris de contact avec les candidats à ce niveau. Quarto, la raison majeure est que le contexte général au pays ne l’a pas permis.

Et au niveau des candidats à la députation ?

Même les candidats députés approchés par nos fédérations provinciales disaient qu’ils ne sont pas redevables envers nous, mais qu’ils le sont envers leurs partis politiques.

Quelle suite donner à la charte, dans ce cas ?

Nous allons changer de stratégie dans l’avenir. Pour y arriver, il nous faut peut-être nos propres candidats, venant directement du mouvement paysan. J’ai pu noter les gens ne croyaient pas en la tenue des élections cette année, ce qui justifie cette faible mobilisation autour de la charte électorale paysanne.

Quelle approche préconisez-vous pour le financement de l’agriculture ?

Nous demandons l’opérationnalisation du fonds national pour le développement de l’agriculture, FONADA. C’est déjà prévu dans la loi agricole. Il faut juste des mesures d’application de cette loi. Et là, l’agriculture va connaitre un nouveau démarrage. Car l’agriculture sera financée avec un taux préférentiel.

Et les subventions venant directement de l’Etat, comme le propose Emmanuel Ramazani Shadary ?

Ce n’est pas nouveau. C’est aussi prévu dans la loi agricole. Dans la loi, les subventions concernent les exportations des produits de rente comme le café et l’importation des intrants agricoles.

Martin Fayulu propose de mettre fin à la faim endéans une année. Vous en pensez quoi ?

C’est juste un message politique. Ce n’est pas réaliste, à mon avis. Si c’est un souhait de ne pas laisser les congolais mourir de famine, c’est une bonne chose et je soutiens cela sur le long terme. Dans un pays où tout est à refaire, ce n’est pas possible d’éradiquer la faim en une année.

Qu’est-ce qui est faisable en une année, selon vous ?

Avant tout, décréter l’agriculture comme une priorité nationale. Puis, mettre en place des stratégies d’accompagnement de cette priorité qu’est l’agriculture avec une vision claire. Enfin, il faut mettre les moyens pour appuyer l’agriculture. Le budget alloué actuellement à l’agriculture, c’est 2%. Ça sert juste pour payer les fonctionnaires, jamais pour les investissements. Il faut un minimum de 10%, comme le recommande le protocole de Maputo.

Merveille Kakule Saliboko

 

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