Les ambitions agricoles de Katumbi et Bemba pour le Congo

Membres de la coalition Lamuka, Moise Katumbi Chapwe et Jean-Pierre Bemba Gombo ne sont pas dans la course à la présidentielle. Le premier a été empêché de déposer son dossier et le second a vu sa candidature écartée. Deux poids lourds de l’opposition qui étaient en tête de sondage avant le dépôt des candidatures. Voici leurs propositions en matière d’agriculture en RDC…

« La végétation, la flore, la faune doivent être protégées afin que nous léguions à nos enfants un pays plus beau qu’avant. Notre avenir est lié à celui de nos espèces emblématiques. Que serait le Congo sans okapis, gorilles des montagnes, éléphants et autres bonobos ? Je veillerai à ce que le développement de notre agriculture et de notre exploitation minière tienne compte de la préservation de nos forêts, de nos eaux et de nos terres », Moise Katumbi parlant de la lutte contre le réchauffement climatique. « La production agricole et la transformation de nos produits de base devront répondre aux besoins de toutes les populations », dixit Katumbi, parlant de la relance de la croissance, diversification de l’économie et création d’emplois.

Katumbi : financer l’agriculture par les mines

Sa vision : « Je veillerai à doter le Congo des infrastructures de bases indispensables à la relance et à la transformation profonde de notre économie, à créer des pôles de développement. Aucune province ne sera abandonnée ou négligée. La valorisation de notre agriculture et le développement de notre industrie nous rendront moins dépendants des importations. Je veillerai à stimuler le secteur privé. Il est le moteur de la croissance et de la création de millions d’emplois ». « Nous renforcerons les structures de formation existantes et veillerons à la formation de 1000 enseignants des écoles agricoles pilotes et des inspecteurs techniques », dit Moise à propos de la valorisation du capital humain.

Alors, comment financer l’agriculture ? La réponse se trouve dans son appel « ensemble, valorisons les richesses de notre sol et de notre sous-sol ! » « Plus aucun congolais ne doit vivre dans la misère alors que notre terre regorge de tant de richesses. Le diamant du grand Kasaï, le coltan et la cassitérite du grand Kivu, le cobalt, l’étain, le manganèse, le cuivre du grand Katanga, l’or, le fer, le coton de la grande province orientale, le pétrole du Bas-Congo, le bois et le café du grand Equateur, l’huile de palme du Grand Bandundu… Que ces richesses créent des emplois, qu’elles nous permettent de bâtir un Congo prospère. Il nous faut pour cela demeurer ouverts à tous les partenaires. Nos revenus miniers serviront à doter notre pays d’infrastructures modernes, à transformer notre économie et à la diversifier, notamment dans l’agro-industrie, afin de nous préparer aux lendemains sans mines », lance le leader de la plateforme Ensemble.

Bemba, un programme agricole holistique

175 pages, dont 6 pages consacrées à l’agriculture ! Le mouvement de libération du Congo, MLC, n’a oublié aucun aspect relatif à l’agriculture. Le projet porté par Jean-Pierre Bemba est le programme le plus holistique.

Et dès l’entame du chapitre agriculture, « Igwe » plante le décor : « Les grandes puissances d’aujourd’hui sont celles qui, autant que faire se peut, ont misé leur avenir sur l’agriculture avant de s’attaquer à l’industrie et aux services ». Et lorsqu’on sait que beaucoup d’idées finissent dans les tiroirs des bureaux, le MLC affiche sa volonté politique : « Avec le MLC, la volonté de mettre sur pied une politique volontariste deviendra une réalité. Cela se vérifiera notamment à travers le financement budgétaire destiné au secteur agricole qui ne sera pas inférieur à 25% dès la première année de son action gouvernementale ». Des fonds qui, à en croire le MLC, seront utilisés rationnellement pour combattre la corruption et le détournement des deniers publics. La bonne gouvernance, la transparence et la traçabilité des fonds permettra au gouvernement d’assurer sa mission de redevabilité à l’endroit du peuple congolais et d’être crédible devant les partenaires en développement.

« L’agriculture de la RDC ne connaitra un développement durable que si elle est financée à plus de 60% par les congolais et notamment par le biais de la fiscalité et des taxes », professe-t-on au MLC. Objectif, selon Bemba : « Valoriser l’agriculture en RDC afin de détruire l’image que l’agriculteur est un minable individu, un homme sans importance ». Pour cela, il propose que « 30% des fonds provenant de la TVA, relative à l’achat des produits agricoles et des services rendus dans ce secteur doivent être reversés au Fonds National pour la promotion de l’agriculture (à créer) qui aura notamment la mission de financer les activités agricoles ». En outre, 30% des taxes perçues à l’entrée des produits agricoles sur le territoire congolais devront être affectées au financement de l’agriculture. À ce sujet il faut noter qu’il existe, dans la loi agricole, le fonds national pour le développement de l’agriculture, FONADA, qui demande à être mis en œuvre. Mais Bemba veut aller loin et propose de créer un Fonds National de garantie afin de garantir l’accès des microentreprises et PME agricoles au crédit des banques et autres institutions financières. Il prévient : « La gestion du Fonds National pour la promotion de l’agriculture et du Fonds National de garantie destiné à la couverture des engagements agricoles, bien qu’ils auront le statut d’établissement à caractère public, seront soumis à la gestion des institutions privées expérimentées en la matière afin d’éviter qu’ils connaissent les sorts de la SOFIDE, BCA, FPI et FPC … »

Pour atteindre l’objectif fixé, Bemba compte « promouvoir avant tout l’agriculture vivrière nécessaire à l’alimentation du Congolais afin qu’il mange à sa faim et soit en mesure de produire davantage pour le marché extérieur. Promouvoir ensuite l’agriculture pérenne dont les produits seront destinés à l’exportation ». Il veut surtout que « les semences améliorées en provenance d’autres pays ou produites localement devraient préalablement (avant leur utilisation par les congolais) être testées par l’INERA ou le SENASEM (Service National de Semences), puis en cas de résultats favorables, mises à la disposition de SNV (Service National de Vulgarisation) pour atteindre le paysan ».

Routes de desserte agricole, centres de recherche notamment l’INERA, restauration du service de mécanisation agricole… Le MLC tient à réhabiliter la banque de crédit agricole, BCA, pour appuyer la relance de l’agro-industrie, de l’élevage et la pêche. Le Gouvernement du MLC allouera 5 Milliards USD pour la création des banques agricoles et la construction des parcs agro-alimentaires dans chaque province.

Merveille Kakule Saliboko

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