Relance de l’agriculture : le décryptage du professeur Musongora

Enseignant d’économie de développement à l’université catholique du Graben, UCG, dont il assume les fonctions de doyen de la faculté d’économie, le professeur Musongora donne son analyse des discours des candidats.

Le professeur Musongora donne cours à Butembo, au Nord-Kivu, dans l’Est de la RDC. C’est là qu’est basée l’UCG, une université organisant aussi la faculté des sciences agronomiques et celle de médecine vétérinaire. Nous l’avons rencontré…

Que faut-il pour l’agriculture congolaise ?

À la question de savoir ce qu’il pense de l’idée de Fayulu d’instaurer un état d’urgence et spécialement zéro faim en une année, Musongora analyse : « C’est un objectif. Et un objectif, on peut comme on peut ne pas l’atteindre. C’est comme ‘une année avec zéro VIH’. Ça dépend des politiques à mettre en place ». Alors, cet objectif est-il faisable ? Réaliste ? « C’est faisable. Il y a beaucoup de recettes qui échappent à l’Etat. Si ces recettes sont bien canalisées et mises à contribution pour atteindre cet objectif de zéro faim en une année, on peut y arriver », tranche l’économiste.

Pour cela, il faut repenser le mode de gestion. « On doit mettre en place des politiques économiques qui vont inciter les gens à investir au pays. Il faut assainir le climat des affaires. Les recettes du trésor public doivent être bien tracées. La redevabilité doit être de mise. La justice doit réprimer et sanctionner les fauteurs. Il faut une lutte sans merci contre la corruption. L’amélioration des conditions de travail des agents des régies financières est un impératif », propose-t-il.

« Diverses politiques ont déjà été essayées ailleurs, pourquoi pas au Congo ? s’interroge l’enseignant. Vue l’écologie de la RDC, l’économie verte est bien indiquée pour relancer l’agriculture ». Musongora ajoute qu’il faut remettre sur les rails les entreprises agricoles phares. « Si l’on veut attirer des investisseurs et amener les congolais à s’intéresser au secteur, il faut une procédure simplifiée pour création d’entreprises », recommande-t-il.

Mettre fin au « suivisme »

« Nous sommes dans une agriculture de suivi. Quand on apprend que telle culture donne des bénéfices, c’est tout le monde qui s’y rue. Il faut mettre fin à cela. L’Etat doit accompagner les agriculteurs dans leurs filières respectives », s’agace Musongora.

Le professeur Musongora propose une approche combinée : parcs agro-industriels et agriculture familiale. « Les grands exploitants contribuent beaucoup au PIB. Le revers de la médaille est qu’ils exproprient les terres des petits producteurs. L’agriculture familiale doit nous amener à l’autosuffisance alimentaire. Pour cela, les paysans doivent être encadrés par des coopératives dans les filières pour une vente collective pour transformer les produits agricoles et leur conférer de la valeur ajoutée », dixit Musongora.

Agriculture familiale ou industrielle, dans les deux cas, il faut financer l’agriculture. C’est là que le professeur Musongora recommande fortement la mise en place effective et l’opérationnalisation urgente du fonds national pour le développement de l’agriculture, FONADA. « Il ne suffit pas d’adopter de beaux textes mais il faut surtout les appliquer », tance-t-il.

Shadary, le candidat de la « continuité » propose de subventionner l’agriculture. À ce sujet, Musongora commente : « Même en Europe, les agriculteurs ont généralement besoin de subventions. Encore faut-il qu’il y ait des routes d’évacuation car les routes actuelles sont en piteux état ».

Engager des réformes courageuses

« Il faut produire en qualité et en quantité. La déforestation risque de nuire gravement à l’économie. Ce n’est donc pas indiqué d’ouvrir de nouveaux champs, en coupant la forêt. Le mieux c’est de quitter l’agriculture extensive et de faire de l’intensification agricole un cheval de bataille pour gagner durablement le pari de zéro faim en une année », avance-t-il, avant de lancer : « Pas d’organismes génétiquement modifiés ! »

« La démographie joue énormément. Il faut en tenir compte dans la planification. Il faut une réforme agraire. J’ai souvent vu des grands concessionnaires avec des terrains non exploités. À Masereka (territoire de Lubero, Nord-Kivu, NDLR), il y a peu de terres pour les petits paysans alors que derrière les hautes terres du milieu, il y a d’énormes terrains appartenant aux grands concessionnaires de la région. Cela doit prendre fin », propose-t-il.

Pourrait-on financer l’agriculture par les minings ? « Ça signifie que les recettes de ce secteur peuvent servir à relancer l’agriculture. Cependant, dans cette perspective, on aurait tendance à satisfaire les uns et mécontenter les autres. Il faut trouver l’équilibre. Ce n’est pas forcément que tout le monde sera d’accord. Il faut voir l’intérêt du peuple », suggère Musongora. Avant de poser une question : « Est-ce que les candidats, une fois au pouvoir, vont respecter leurs engagements ? Il faut être réaliste et ne pas se leurrer ! Autre chose : le président élu risque de ne pas avoir la majorité au parlement. Il faudra donc négocier une nouvelle majorité, sinon aucune réforme envisagée par le nouveau président ne sera approuvée par le parlement. »

Merveille Kakule Saliboko

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